20.11.2006
UN VIGNOBLE ETONNANT.

Dès les neuf heures, Benoît et Annick, marris de voir leur moitié respective retenue par le labeur, sont venus nous rejoindre à
Etterbeek. Et 54 minutes plus tard, nous enclenchions le « Sésame, ouvre-toi » du Château de Genoelselderen. Joyce, la vigneronne s’affairait à dresser les tables dans la tuinman huis pour nous servir un café bien serré suivi d’un jus de pomme filtré sans conservant ni autre adjuvant suspect. Les dernières gouttes de pluie s’abattaient sur un groupe de visiteurs trop précoces, bardés de parapluies, tandis que Robert et Nicole, puis Steve et Patricia émergeaient d’on ne sait quelle dépendance du château, tentant de nous faire croire qu’ils étaient là depuis des lunes. Idem pour Willy et Denise, escortés par leur fidèle couple « belle-sœur ». Non Reggy et Martine n’ont pas été pris cette fois-ci dans le grand embouteillage du « Coup de cœur » sur l’autoroute Leuven Bruxelles. Ils sont arrivés en voisins, à peine dépaysés sur le coup de 10h30. Ca jasait quelque peu lorsque m’inquiétant de ne pas voir Marc D. et Pascale, j’appris par mon GSM qu’ils se trouvaient encore à 30 Km, mais ils ont tout de même eu bien le temps du café et du jus de pomme avant de démarrer la visite. Reggy y avait contribué interrogeant Joyce, la propriétaire sur la manière de filtrer le jus de pomme et Steve avait trouvé un bon moyen de faire patienter la guide en lui demandant de son accent délicieusement étranger s’il était prévu aussi du thé. La guide était justement troublée car elle s’attendait à un groupe néerlandophone et je lui parlais en français, et Steve aussi mais avec des accents de Jane Birkin, tandis que Benoît se creusait les souvenirs pour se souvenir du nom de la chanteuse irlandaise qui meublait les silences.Il était onze heures tapant quand le soleil apparut vraiment donnant le signal du départ de la promenade. Bien sûr quelques unes ont donné à la guide quelques secondes de rab pour se préparer à imiter Voltaire : Nicole, Denise et …et même Annick avaient pris leurs précautions de dernière minute et devisaient relax pendant que la guide piaffait devant les premières phrases à enchaîner à propos de la symétrie du bâtiment néo-classique disposé dans l’axe d’une ex-voie romaine…Une petite fille poursuivait des bulles de savon dans ce décor enchanteur et nous avons commencé à apprendre l’histoire de ce vignoble érigé de toutes pièces, patiemment et passionnément par un commerçant hollandais retraité depuis 1988.
Je n’ai pas tout compris à la technique du greffage, ni pourquoi ils ont planté des rosiers au bout des rangées de vignes. Il faudra demander à Robert cette histoire de phyloxera et de température puis de chevaux qui tournent trop court. Mais ne demandez plus rien à Willy, il n’a rien écouté, passant le plus clair de son temps à prendre des photos dans la lumière exceptionnelle du matin déchirant les nuages. Par contre Benoît est intarissable sur la technique du chaumage ! Et son exposé brillant permit à la guide de reprendre son souffle.
Arrivés à la limite sud du domaine, Willy s’est mis à écouter mieux l’histoire des poires Williams qu’on allait mettre petites en bouteille sur l’arbre en attendant qu’elles grossissent et l’un d’entre nous s’est même proposé au nom du club, pour les vendanges de l’an prochain puisque le club est parfois en mal de causes à défendre et que le châtelain hollandais avait encore une fois eu cette année des problèmes avec son équipe de saisonniers turcs qui ne trouvaient rien de mieux à faire que de régler entre deux seps la question kurde et le génocide présumé des arméniens.
C’est au bout d’une allée de tilleuls destinés à fournir l’ombre salutaire à notre teint que ces dames ont commencé à ramasser des feuilles par terre et à les enfouir prestement qui dans le sac, qui dans la poche. Nous étions sous le ginkgo multi-centenaire qui a la réputation d’avoir fourni force et vigueur au propriétaire chaque matin à la brise d’aurore ! Ah l’arbre sacré aux propriétés favorables aux vasculaires défaillants. Nous nous sommes promis de rechercher où se nichent les espèces femelles nécessaires à son implantation généralisée aux alentours du County. Et pour bien nous assurer de pouvoir identifier ce gymnosperme plein de ressources, Robert en a pris une photo en pied avant de pénétrer dans le pressoir, puis d’admirer la machine aux 4 distillations destinée à extraire le marc du raisin. C’est Marc, impressionné par la beauté des machines et Benoît guidé par son nez infaillible, qui selon moi ont trouvé dans les bacs de fermentation du reliquat de pressoir, les senteurs les plus enivrantes, tandis que Martine A et Reggy devaient de plus en plus souvent soutenir la guide dans méandres complexes de la langue française. Les pénombres mystérieuses du chais n’ont rien arrangé à cet égard et lorsque la porte des caves voûtées du XIII è siècle se sont ouvertes sur les fûts humides et couverts de champignons, nous avons mesuré la quiétude nécessaire à la bonification de ces marcs au taux d’alcool impressionnant.
Il était temps de passer à de plus chaudes réjouissances et sur le coup de 12h30, lorsque Annick réapparut avec notre ami Luc, il nous fallut bien constater que sa réputation d’un sens de l’orientation à géométrie variable, acquise lors d’une réunion passée chez Thierry, n’était qu’une rumeur fallacieuse. Bravo d’avoir trouvé le château si facilement. Charcuteries et fromages accompagnèrent agréablement la dégustation des trois Chardonnay et du Pinot Noir produits avec bonheur par notre hôte que l’on vit passer portant une bonbonne de gaz affublé d’un chapeau sans forme et des mains calleuses de l’homme qui croit au courage d’entreprendre. Le Châtelain, Monsieur de Rennes n’avait pas peur de prendre les choses en mains. Sa fille Joyce non plus d’ailleurs, qui depuis le matin s’occupait des visiteurs et des dégustations. Robert et Reggy furent les plus audacieux à l’heure de tester le marc à 59°, et firent vite des émules, avant de s’éclipser vers le magasin et d’y faire provision. Si Robert et Nicole achètent, vous pouvez y aller aussi.
Je pense que Patricia et Steve dont je connais les goûts sans faille, ont dû me pousser à goûter cette nouvelle production de vin mousseux dite de la perle noire. Et de fil en aiguille chacun s’est mis à y déguster sa petite flûte en guise de dessert. La visite était terminée, il était temps de rentrer.
Michel Amand
08:25 Écrit par lcbsh blog dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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